L’histoire horrible et révoltante d’un brillant étudiant blessé par balles par des gendarmes

Je me nomme Touré Sié Abdoulaye, né le 20 décembre 1995 à Buyo dans la région de la Nawa. Après mon BAC en 2014, j’ai été orienté à l’université Nangui Abrogoua en physique chimie à l’UFR SFA à Abidjan. C’est ainsi que je me suis retrouvé en colocation d’un studio avec d’autres frères à Yopougon nouveau quartier (fromager) situé en face de la poste de toit rouge. Un étudiant blessé par balle.

Malgré quelques difficultés liées à la cherté de la vie dans cette ville, tout allait bien par la grâce Divine jusqu’au jour où cet événement tragique entra dans ma vie. Le mercredi 05 septembre 2018, aux environs de 04h30 min, j’ai été victime d’une fusillade. En effet, ce même jour nous avons été réveillés comme tout le quartier par les surveillants du quartier. Motif : la présence des agents de la CIE et des gendarmes pour un soi-disant contrôle de courant.




Quelques jours avant, ils ont arrêté plusieurs personnes qui ont dû débourser au moins une somme de 400 000 FCFA pour être libérés. Après, une série de renseignements à la CIE, les responsables ont décliné toute responsabilité vis-à-vis de ces contrôles qui nous pourrissaient la vie, car le quartier était dans les emprises du futur 4ème pont ( la population attendait l’argent de dédommagement pour quitter le quartier).

L’ÉTUDIANT TOURÉ SIÉ ABDOULAYE BLESSÉ PAR BALLE ET QUI ATTEND RÉPARATION
Tous nous nous sommes ainsi retrouvés sur le lieu où leurs engins de locomotion étaient stationnés pour qu’ils nous situent sur la légalité de leur mission, mais les gendarmes ont commencé à tirer à balles réelles, la foule s’est dispersée. Tellement effrayé je ne savais quoi faire vraiment. Pour plus de prudence j’ai décidé de ne pas m’hasarder en courant de peur de prendre une balle perdue, j’ai choisi ainsi de m’abriter sous une table pour plus de sécurité car je n’ignorais point la situation financière (famille pauvre).

Et malheureusement c’est là-bas que j’ai entendu une explosion entre mes jambes, aussitôt le sang s’est mis à jaillir. A vrai dire, l’idée de prendre une balle était le cadet de mes pensées, mais il fallait que j’arrête de rêver ; ce qui était fait était fait, je venais d’être atteint par une balle vers 05h10. Entre douleurs et pleurs, j’ai demandé de l’aide et des jeunes du quartier m’ont transporté dans une clinique qui s’est trouvée incompétente pour gérer mon cas, car je perdais assez de sang.

étudiant blessé balle
Certains ont proposé de m’envoyer à la gendarmerie de Toits-Rouges et d’autres ont souhaité la CIE, mais finalement je me suis retrouvé au CHU de Yopougon aux urgences chirurgicales vers 05h50 du matin. Là-bas, je baignais dans mon sang jusqu’à ce que je sois pris en charge par les médecins dudit CHU vers 07h00 après l’arrivée d’un premier soutien financier. Une radiographie m’a été demandée et qui a confirmée que la balle qui est rentrée par la fesse droite et sortie par la cuisse gauche après avoir explosé près de l’anus.

LE CRI DE COEUR D’UN ÉTUDIANT BLESSÉ
J’ai été sondé et plusieurs autres pansements ont été fait ainsi que des perfusions. Mais en lieu et place de l’urine, il y avait du sang dans la poche urinaire de la sonde et c’est ainsi que l’avis d’un urologue du CHU de Treichville venu pour des travaux a été contacté et celui-ci décide de me prendre en charge.
L’urologue nous demande de faire un scanner (TDM ABDOMINO-PELVIEN) qui a coûté 40 500 FCFA. Il a conclu que mon urètre postérieur était complètement sectionné, en d’autre terme je ne pouvais plus uriner normalement pire je pourrais être stérile.

Et pendant ce temps entre douleur et fatigue j’étais soumis à une série d’auditions par les policiers comme les gendarmes, en vue d’en savoir davantage sur la tragédie. Le 08 septembre 2018, j’ai quitté le CHU de Yopougon pour une clinique (le Chandelier) sise à Ananeraie où j’ai subi ma première opération (Cystostomie) qui a coûté 250 000 FCFA sans oublier l’ordonnance et tout ça aux frais des parents et des personnes généreuses.



Ce même jour, nous sommes rentrés à la maison où tout le quartier nous attendait. J’ai été encore auditionné et ils nous ont demandé de faire un certificat médical, les photocopies de tous les reçus et les photos des blessures pour qu’ils les soumettent au conseil des ministres et nous l’avons fait, mais le temps passait et toujours rien. Le 26 septembre 2018, j’ai été faire une consultation au CHU de Treichville en vue d’une autre opération (Uretroplastie), le médecin me demande de faire des examens et radiographie (UCR, ECBU, examen sanguin, ECG, Radio du poumon et la consultation préanesthésiste) et toujours aux frais des parents et personnes généreuses.

TOURÉ SIÉ ABDOULAYE ATTEND RÉPARATION
Devant les dépenses et l’indifférence des gendarmes, M. Sanogo Mamadou, président du quartier a été porter plainte le 01 octobre 2018 (RGN ; 4222/18) au Tribunal militaire d’Abidjan (TMA) contre les huit gendarmes. Et jusqu’à présent le TMA nous fait croire que le dossier est en instruction, pendant ce temps je ne fais que souffrir. Après plusieurs mois de négociation je suis enfin programmé le 20 mars 2019, pour ma deuxième opération (Uretroplastie) qui a coûté 400 000 FCFA au CHU de Treichville sans tenir compte des médicaments, le transport (trajet Yopougon Treichville), les frais des pansements, toujours aux frais des personnes généreuses.

Un mois après mon opération, mes médicaments étaient finis, j’ai fait cinq jours sans médicament, ce qui est très dangereux pour ma santé. Et pendant ce temps toujours rien du côté du TMA. Suite à des complications, le 09 mai 2019 je subis une troisième opération (Cystostomie) qui à couté 100 000 FCFA à la clinique Chandelier par des médecins du Chu de Treichville, après l’intervention une ordonnance nous a été remise et c’est cinq jours après que j’ai pu payer ces médicaments que je ne prends d’ailleurs pas régulièrement pour manque de moyens financiers.



Je passe des nuits blanches à cause des douleurs et pire, l’urine ne vient plus dans la sonde mais par un orifice situé juste à côté de l’anus (fistule). Trois mois après, j’ai repris les mêmes examens à la demande de mon médecin en vue d’une autre uretroplastie qui ne coûterait pas moins de 400 000 FCFA au CHU de Treichville. Aussi, l’ECBU a montré que je suis atteint d’une infection urinaire dont le traitement pour 10 jours coûte 200 000 FCFA.

LE CRI DE COEUR DE TOURÉ SIÉ ABDOULAYE, ÉTUDIANT BLESSÉ PAR BALLE
Le 12 novembre dernier, un autre examen du nom de fistulographie qui coûte 40 000 FCFA au CHU de Treichville m’a été demandé. Mais pour faute de moyen, cet examen n’a pas encore été fait (selon les radiologues je dois refaire une autre cysto avant qu’ils ne fassent l’examen, sinon impossible). Depuis mon accident jusqu’aujourd’hui toutes les dépenses ont été supportées par la famille et des personnes généreuses.

Toute cette situation a mis un terme à mon cursus scolaire et pire à celui de mes frères. Mon état de santé aujourd’hui a fait de moi un handicapé potentiel car même avec ma Licence, je ne pourrai présenter aucun concours dans ce pays.
Mon objectif en venant à Abidjan était de terminer mes études, d’avoir un bon travail afin d’être utile à ma famille ainsi qu’à ma communauté.

Mais depuis le 05 Septembre 2018, mon rêve semble tomber dans l’impasse car mon état de santé est devenu mon pire ennemi. Je demande à toutes personnes qui a un cœur sensible de de me venir en aide afin que je puisse recouvrer la guérison pour traduire mon rêve en réalité.

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